La charge mentale
La charge mentale est un terme qu’on entend de plus en plus lorsqu’on parle de vie de couple, de famille et de partage des responsabilités. Pourtant, elle demeure parfois difficile à définir.
Est-ce simplement avoir beaucoup de choses à faire? Être stressé·e? Avoir un horaire chargé? Pas exactement.
La charge mentale désigne surtout tout le travail de réflexion nécessaire pour que le quotidien fonctionne : penser à ce qui doit être fait, anticiper les besoins, planifier, organiser, se souvenir, coordonner et vérifier.
Et puisque ce travail se déroule en grande partie dans notre tête, il peut facilement passer inaperçu.
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Comprendre la charge mentale
Prenons un exemple très simple : faire l’épicerie.
À première vue, la tâche consiste à se rendre au magasin et à acheter de la nourriture. Pourtant, avant même de quitter la maison, quelqu’un a dû vérifier ce qui reste dans le réfrigérateur, penser aux repas des prochains jours, tenir compte des horaires de chacun, prévoir les lunchs, remarquer qu’il manque certains produits et préparer une liste.
Faire l’épicerie constitue donc seulement la partie visible de la tâche.
La charge mentale se trouve donc dans tout ce qui se passe avant, autour et après l’action elle-même.
Dans bien des situations, il faut penser à prendre un rendez-vous avant que le besoin devienne urgent. Renouveler un document avant son échéance. Acheter du savon avant qu’il n’en reste plus. Prévoir le repas avant l’heure du souper. Inscrire une activité au calendrier avant d’oublier.
Ce travail est toutefois parfois difficile à remarquer précisément parce qu’il permet au quotidien de fonctionner. Lorsque le papier de toilette ne manque jamais, que les factures sont payées à temps ou que tout le monde arrive au bon endroit à la bonne heure, on voit rarement toutes les pensées qui ont permis d’en arriver là.
Faire une tâche n’est pas la même chose qu’en être responsable
Pour bien comprendre la charge mentale, il est essentiel de faire la différence entre faire une tâche et être responsable d’une tâche.
Par exemple, une personne peut dire : « Fais-moi la liste et je vais aller à l’épicerie. » La personne participe bel et bien. Elle se déplace, trouve les produits, attend à la caisse et range peut-être les achats à son retour. Mais, dans ce cas de figure, une autre personne demeure responsable de savoir ce qu’il manque, de planifier les repas et de déterminer ce qu’il faut acheter.
C’est aussi ce qui explique pourquoi le fait de demander à l’autre d’accomplir certaines tâches ne suffit pas toujours à alléger la charge mentale. Avant même de formuler la demande, il faut avoir remarqué qu’une tâche devait être faite, s’en souvenir, déterminer à quel moment elle doit l’être et penser à en parler.
Déléguer peut donc diminuer le nombre de tâches qu’une personne accomplit physiquement, sans nécessairement réduire la charge mentale qu’elle porte.
Comment rendre l’invisible visible ?
Lorsque vient le temps de réfléchir au partage des responsabilités, un premier problème apparaît rapidement : nous ne voyons pas nécessairement tout ce qui doit être fait ni tout ce que l’autre fait.
On pense facilement au ménage, à la cuisine, à la vaisselle, au lavage ou à l’épicerie. Mais le quotidien comprend aussi une multitude de petites tâches moins évidentes : prendre des rendez-vous, renouveler une assurance, acheter un cadeau, planifier une sortie, retourner un achat, changer les draps, commander la nourriture de l’animal, surveiller les produits qui arrivent à manquer, prendre rendez-vous au garage, payer une facture, prévoir les vacances, entretenir la maison, répondre à un courriel important ou organiser un repas familial. Individuellement, plusieurs de ces tâches semblent insignifiantes. Mais leur accumulation peut représenter énormément de travail.
Une bonne façon de comprendre la charge réelle d’un ménage est donc de commencer par dresser un portrait de ce qui doit être fait.
Pendant quelques semaines (idéalement un mois parce plusieurs tâches sont moins récurrentes), on peut simplement noter les tâches qui apparaissent au fil du quotidien, leur fréquence et le temps qu’elles demandent. L’exercice permet souvent de réaliser que certaines sphères comportent beaucoup plus de responsabilités qu’on ne le croyait.
Il est aussi utile de se poser la question : « Qui pense à cette tâche? » plutôt que de simplement s’interroger sur qui la fait.
Qui remarque que quelque chose manque? Qui sait quand la tâche doit être faite ? Qui sait comment la tâche doit être faite et ce qui est nécessaire pour l’accomplir ? Qui s’assure que ce sera fait?
Parce que deux personnes peuvent participer à une même tâche tout en portant des responsabilités très différentes.
L’objectif n’est pas de créer une comptabilité parfaite ni de déterminer qui « travaille le plus ». Il s’agit plutôt de disposer enfin d’un portrait suffisamment complet pour pouvoir discuter de quelque chose qui, jusque-là, était en grande partie invisible.
Quand la charge devient-elle déséquilibrée ?
Tous les couples ne répartissent pas leurs responsabilités de la même façon et ce n’est pas nécessairement un problème. Une personne peut cuisiner davantage parce qu’elle aime le faire. L’autre peut prendre davantage en charge les finances ou l’entretien de la maison.
Les horaires de travail, la santé, les compétences, les intérêts et les périodes de vie peuvent aussi faire en sorte qu’une personne en fasse temporairement davantage. Un partage équitable ne signifie donc pas nécessairement que chaque tâche doit être séparée exactement en deux.
La difficulté apparaît surtout lorsqu’une personne devient la personnes responsable par défaut du quotidien. Celle qui pense. Celle qui rappelle. Celle qui demande. Celle à qui on pose les questions. Celle qui remarque lorsqu’une responsabilité n’a pas été prise en charge. Même si l’autre personne accomplit beaucoup de tâches, cette position de gestionnaire peut devenir épuisante.
Les stéréotypes de genre peuvent jouer un rôle
La charge mentale peut évidemment toucher n’importe qui. Cependant, la répartition des responsabilités ne se construit pas complètement indépendamment des normes sociales.
Encore aujourd’hui, certaines responsabilités liées au soin, à l’organisation familiale, aux relations ou à la gestion du foyer sont davantage associées aux femmes, alors que d’autres tâches sont traditionnellement davantage associées aux hommes.
Ces modèles ne décrivent pas tous les couples et ils ne signifient pas que les comportements sont volontaires. Ils peuvent toutefois influencer ce qu’on apprend à remarquer, ce dont on se sent responsable et les compétences qu’on développe au fil du temps.
Une personne qui s’occupe des rendez-vous depuis dix ans connaîtra nécessairement mieux les démarches à effectuer. Une personne qui planifie les repas chaque semaine développera davantage de réflexes pour savoir ce qu’il manque dans le garde-manger. Ces compétences ne sont pas innées. Elles se développent parce qu’on les exerce.
Des standards différents
Les conflits liés aux tâches ménagères découlent rarement de la mauvaise volonté. Il peut être question de stéréotypes de genre mais deux personnes peuvent également avoir des attentes différentes.
À quelle fréquence faut-il nettoyer la salle de bain? À partir de quand considère-t-on que le panier de lavage doit être vidé? À quel moment faut-il acheter un produit qui commence à manquer? Quel niveau de rangement est acceptable?
Partager les responsabilités implique donc aussi de discuter des standards communs.
Il ne s’agit pas que l’une des deux personnes impose sa façon de faire à l’autre mais plutôt d’en arriver à un consensus qui tient des besoins et de ce qui tient à cœur à chacun.e dans un objectif de bien-être commun,
Il faut donc déterminer ensemble ce qu’on considère raisonnable, important et nécessaire pour le fonctionnement du couple ou de la famille.
Comment alléger la charge mentale
Même lorsque les responsabilités sont relativement bien réparties, le quotidien peut représenter énormément de choses à penser. Dans certaines réalités, il est aussi possible qu’une seule personne doive assumer une grande partie (voire l’ensemble) des responsabilités liées au fonctionnement du quotidien.
Dans tous les cas, mieux partager n’est pas la seule façon d’agir sur la charge mentale. Il est aussi possible de chercher à la réduire à la source, en diminuant le nombre de choses à retenir, à planifier ou à gérer.
Sortir les choses de sa tête
Notre mémoire n’a pas besoin de servir d’agenda, de liste d’épicerie, de calendrier familial et de système de rappels en même temps.
Certains outils simples peuvent réduire considérablement le nombre d’informations qu’il faut retenir :
- un calendrier partagé;
- une liste d’épicerie commune;
- des rappels récurrents dans le téléphone;
- une application ou un document partagé pour certaines responsabilités;
- un tableau Excel ou une feuille de suivi pour les tâches récurrentes;
- des paiements automatiques;
- des commandes ou abonnements automatiques pour certains produits;
- une liste annuelle des tâches saisonnières;
- un endroit unique où conserver les informations importantes.
L’objectif n’est pas de créer un système tellement complexe qu’il devient lui-même une nouvelle source de charge mentale. Le bon outil est celui qui permet de penser moins souvent à la même chose.
Créer des routines
Les routines permettent aussi de diminuer le nombre de décisions à prendre.
Le lavage est fait certains jours. L’épicerie est commandée le jeudi. Les repas de la semaine sont décidés à un moment précis. Certaines tâches sont automatiquement associées à une journée ou à une fréquence.
Lorsque le système devient prévisible, il nécessite moins de rappels et de négociations.
Simplifier ce qui peut l’être
Tout ce qui existe dans notre quotidien n’est pas nécessairement essentiel.
On peut également se demander :
« Qu’est-ce qui est réellement important pour nous? »
« Qu’est-ce qu’on pourrait faire moins souvent? »
« Qu’est-ce qu’on pourrait simplifier? »
Et souvent : « Qu’est-ce qu’on fait uniquement parce qu’on a toujours fait les choses de cette façon? ».
Il peut être plus utile de revoir ses priorités en gardant comme cap le bien-être. Si certaines tâches, attentes ou façons de faire demandent tellement d’énergie qu’elles nuisent au quotidien, elles méritent peut-être d’être questionnées. Tout n’a pas besoin d’être maintenu au même niveau en tout temps. Parfois, protéger son énergie, simplifier, faire moins souvent ou accepter que certaines choses soient « assez bien » devient une priorité en soi.
Comment mieux partager la charge mentale ?
Une fois qu’on a identifié les différentes responsabilités et allégé ce qui peut l’être, une autre question se pose : comment partager réellement la charge mentale?
Une piste consiste à ne plus répartir uniquement des tâches isolées, mais plutôt des sphères complètes de responsabilité.
Le quotidien peut ainsi être divisé en différents « ministères » : alimentation, finances et administration, entretien de la maison, véhicules, organisation familiale, etc. Chaque couple peut évidemment déterminer les catégories qui correspondent à sa réalité.
La personne responsable d’une sphère ne se contente pas d’exécuter les tâches qui lui sont demandées. Elle prend aussi en charge ce qui vient avant et après : remarquer ce qui doit être fait, anticiper les besoins, trouver l’information nécessaire, planifier et assurer les suivis.
Cette façon de fonctionner permet de transférer non seulement les tâches, mais aussi une partie de la charge mentale qui les accompagne.
Pour que ce transfert soit réel, certaines conditions sont toutefois importantes : partager les informations nécessaires, convenir de standards communs et laisser suffisamment d’autonomie à la personne responsable pour qu’elle puisse faire les choses à sa manière.
L’objectif n’est pas nécessairement d’arriver à un partage parfaitement égal en tout temps. Les disponibilités, les capacités et les réalités changent. Il s’agit plutôt de construire une organisation qui convient aux personnes concernées et qui peut être réévaluée au besoin.
Des outils selon votre réalité
Sexplique propose plusieurs outils pour réfléchir au partage des responsabilités et à l’équilibre du quotidien.
Guide de réflexion sur la charge mentale — pour les couples
Un outil pour identifier les différentes sphères du quotidien, répartir les responsabilités et mieux partager la charge mentale.
Guide de réflexion sur la charge mentale — pour les parents
Une version adaptée à la réalité familiale, qui tient compte des nombreuses responsabilités liées aux enfants, à leur organisation et au fonctionnement de la famille.
Parents égaux
Un outil destiné aux parents qui souhaitent réfléchir plus largement à l’égalité dans le quotidien familial : partage des responsabilités, organisation, répartition du travail visible et invisible et recherche d’un équilibre qui convient aux deux parents.

